Né en Oranie d’une mère espagnole et d’un père inconnu, peut-être gitan, l’identité de Jean Sénac (1926-1973) (Fig.1, Fig.2) est complexe puisqu’il se présente comme « né arabe, espagnol, berbère, juif, français... mozabite et bâtisseur de minarets » (Ébauche du père, p. 20).
Ses premiers poèmes sont publiés chez Gallimard par Albert Camus avec une préface de René Char. Partisan résolu de l’indépendance algérienne, il fréquente les milieux nationalistes algérois et rejoint le FLN. Écartelé entre deux communautés qui le rejettent pour son intransigeance politique et pour son homosexualité affichée, il meurt assassiné en 1973.
Selon lui, le poète a un rôle à jouer dans la révolution car la poésie ne doit pas s’adresser à un petit cercle de privilégiés. Dans ce qu’il appelle des « corpoèmes », il associe la lutte politique à la relation amoureuse, tout particulièrement s’agissant de relations homosexuelles, évoquées de manière plus ou moins explicite.
Après l’indépendance, Jean Sénac estime que le pays va enfin pouvoir prendre la place qui lui revient dans le monde. Il décrit cette émancipation dans le long poème « Alger, ville ouverte » (1966).
Mais quelques années plus tard, c’est la désillusion qui l’emporte. Dans le poème « Cette ville » (1971), la joie dans les rues a cédé la place à la faim, la crasse et aux rats. En lieu et place des jeunes gens main dans la main, le poète observe des femmes voilées, des mosquées et un combat mené contre la jeunesse, la beauté et l’intelligence. Les « Citoyens de beauté » du poème de 1963 sont devenus « Citoyens de laideur » dans celui de 1972.
Assassiné en 1973, on n’a jamais connu ni l’identité ni les motivations de ses assassins. Aujourd’hui peu connu en Algérie où ses ouvrages sont indisponibles depuis l’indépendance, il est resté fidèle à sa terre natale jusque dans la mort puisqu’il repose à Alger.
Bibliographie :
Œuvres de Jean Sénac :
Jean Sénac, L’Action poétique, n°5, juillet 1956.
Jean Sénac, Œuvres poétiques, Arles, Actes Sud, 1999.
Jean Sénac, Jean, Ébauche du père, Paris, Gallimard, 1989.
Jean Sénac, Visages d’Algérie : regards sur l’art, Paris, Paris-Méditerranée, 2000.
Jean Sénac, Pour une terre possible, Paris, Seuil, 2013.
Jean Sénac, L’Enfant fruitier, édition présentée et annotée par Guy Dugas d’après le manuscrit inédit, Alger, éd. El Kalima, série « Petits inédits maghrébins », n° 1, 2017.
Jean Sénac, Chansons de la Boqqâla, éd. présentée par Hamid Nacer-Khodja, Alger, éditions El Kalima, série « Petits inédits maghrébins », n° 8, 2019.
Jean Sénac, Le Soleil sous les armes, suivi de Jean Sénac vivant, préface de Nathalie Quintane, postface de Lamis Saïdi, Terrasses éditions, Marseille, 2020.
Jean Sénac, Un cri que le soleil dévore : 1942-1973 : Carnets, notes et réflexions (éd. Guy Dugas), Paris, Seuil, 2023.
Sur Jean Sénac :
Rabah Belamri, Jean Sénac : entre désir et douleur, Alger, OPU, 1989.
Jamel-Eddine Bencheikh et Christiane Chaulet Achour, Jean Sénac : clandestin des deux rives, Paris, Séguier, 1999.
Christiane Chaulet Achour, « Jamel Eddine Bencheikh et Jean Sénac : l’Algérie comme lieu commun », in Christiane Chaulet-Achour (dir.), Itinéraires intellectuels entre la France et les rives sud de la Méditerranée, Paris, Karthala, 2010, pp. 87-110.
Michel Del Castillo, Algérie, l’extase et le sang - Évocation de la vie et de l'œuvre de Jean Sénac, poète algérien mort assassiné, Stock, 2002.
Nicole Tuccelli et Émile Temime, Jean Sénac, l’Algérien, Le poète des deux rives, Paris, Autrement, 2003.


