La géohistoire singulière de la commune littorale de Vendres (Hérault), avec ses quatre kilomètres de plages de sable fin à une dizaine de kilomètres au sud de Béziers (Fig.1), révèle les grands enjeux que génèrent les littoraux, et particulièrement la pression qui s’exerce sur le littoral méditerranéen depuis l’après-guerre.
Le phénomène s’inscrit d’abord à une échelle très large avec la littoralisation, que l’on peut définir comme un processus de concentration des populations et des activités humaines le long ou à proximité des littoraux, évolution complexe sous-tendue par des logiques économiques et culturelles. C’est à la fois une logique de récréation, de recherche d’aménités à travers le tourisme, mais aussi une appétence pour un cadre de vie, pour des lieux de résidence, associés ou non aux lieux de travail. La commune de Vendres, située sur le littoral languedocien, est bien sûr soumise à cette dialectique, mais c’est de surcroît une commune duale avec un bourg situé à quatre kilomètres de la côte à l’abri d’une vaste lagune et un littoral aménagé pour les activités touristiques. C’est pourquoi il faut également ajouter le phénomène de périurbanisation qui la touche, et qui se surimpose d’une certaine façon à la littoralisation. Par conséquent, une des singularités de la commune est la présence de deux types de populations nouvelles dont la venue est liée à la périurbanisation (proximité de Béziers et, plus largement, de la métropole de Montpellier) et à l’héliotropisme.
Le village a historiquement une ouverture sur la mer Méditerranée, l’actuel étang de Vendres ayant été ouvert jusqu’au XVIIe siècle (Fig.2). Ainsi, Vendres possède un accès maritime via son port, lui permettant notamment d’exporter ses productions viticoles.
Après une éclipse, cette vocation maritime a été réactivée avec la création d’une coopérative conchylicole à la fin du XXe siècle, puis d’un port de plaisance, le Chichoulet, qui a pris un essor important au début du XXIe siècle. Ce bref tableau montre les différents enjeux qui traversent cet espace soumis à des pressions économiques telles que le tourisme balnéaire de masse ; à une pression démographique ; à une pression environnementale puisque ces activités rentrent en concurrence, voire en conflit, avec la nécessité de protéger des espaces naturels remarquables comme la souillère (une terre très salée avec une très faible végétation, en arrière de la plage ) et la plage ou l’étang. Ces impératifs de protection découlent de situations et de processus particuliers, dont l’élévation du niveau marin (Fig.3). Préservée d’une urbanisation littorale continue et massive à l’instar de nombreuses localités de la région, la commune de Vendres recèle des trésors de biodiversité. L’espace littoral appuyé sur la lagune abrite une faune et une flore riches au point que de nombreuses mesures de protection les concernant ont été prises. Pour autant, cet espace est soumis à des contraintes de plus en plus importantes. Au nord, près du village, l’extension urbaine, qui reste raisonnable au regard d’autres communes identiques, et la déprise agricole ont amoindri la richesse naturelle. Au sud, sur le littoral, deux phénomènes importants se manifestent : l’érosion côtière et, avec le réchauffement climatique, une montée des eaux de la Méditerranée et des risques de submersion plus ou moins temporaires.
Convoités mais à protéger, ces espaces littoraux se trouvent au cœur d’une dialectique complexe entre les différents acteurs, de l’État jusqu’aux plagistes, et font de la commune de Vendres un cas hautement significatif des tensions qui peuvent apparaître entre usages anciens, valorisations contemporaines et impératifs de protection.
Un espace convoité
L’idée d’un territoire vierge, désertique, relève d’un mythe performatif véhiculé par l’imaginaire qui a présidé à l’aménagement des côtes languedociennes dans les années 1960. Cette vision a été mise en avant par les aménageurs de la mission Racine, mission interministérielle chargée d’étudier et de mettre en œuvre la mise en tourisme du Languedoc-Roussillon. Cette affirmation, martelée à l’époque, a réussi à faire oublier que la côte était déjà anthropisée de différentes manières. En témoignent de nos jours les milliers de prés situés entre les étangs et les terres cultivées, où l’homme a creusé des fossés de manière à constituer des parcelles destinées au pacage des moutons, chevaux et taureaux. D’ailleurs, une longue pratique de transhumance des troupeaux a perduré jusqu’aux années 1960. D’autre part, plusieurs domaines viticoles – La Yole, Bellevue, Les Sablières, Monplaisir, la Frontière – attestent de la mise en valeur agricole de cet espace dominé par la vigne qui affleure le cordon littoral (Fig.4).
L’attractivité de cet espace s’observe également à travers le développement post deuxième Guerre mondiale et, parfois, autour de lieux de villégiature informels : campings sauvages et baraques (Fig.5).
Cette multiplication de cabanes et baraques à cheval sur les communes de Vendres et de sa voisine Valras s’explique par le fait que cette dernière est en quelque sorte la station balnéaire de Béziers puisqu’elle est reliée à la cité par un tramway et dispose d’un casino. Cela donne même naissance à un quartier quasi-commun aux deux villages et qui porte le nom des Baraquiers. Sa régularisation prendra plusieurs années sous la houlette d’Émile Turco, maire communiste de Valras-Plage.
C’est dans ce contexte que prend place la mise en place des stations touristiques. Celle de Valras est déjà existante sur le modèle du tourisme bourgeois du premier XXe siècle, autour notamment de son casino. Elle est intégrée au projet dans une unité touristique plus large et étendue. En effet, la mission Racine met en œuvre des opérations de planification spatiale à l’échelle régionale de la côte du Languedoc et du Roussillon. Les grandes stations balnéaires intégrées depuis Port-Camargue jusqu’à Saint-Cyprien représentent la vision du moment de l’État aménageur, où de grandes unités touristiques sont mises en place dans le cadre des schémas directeurs de la Mission interministérielle d’aménagement de la côte du Languedoc-Roussillon.
Il s’agit d’une démarche descendante et verticale qui fait peu ou pas de place aux collectivités locales, priées de prendre le train du progrès sans trop discuter. Ces aménagements doivent apporter la prospérité à un moment où la viticulture connaît une nouvelle et profonde crise. D’ailleurs, si les viticulteurs dénoncent une bétonisation et la transformation en bronze-cul de l’Europe
, l’opération se veut vertueuse également en faisant la part belle à la protection de l’environnement avec la planification d’espaces non bâtis entre les grandes unités qui font office de « coupures d’urbanisation ». Dans ce schéma, Vendres et la basse vallée de l’Aude doivent former la 8e station intégrée. Les architectes de la mission Racine tels que Lecouteur, Balladur et Candilis sont missionnés. Pour Vendres, Lafitte et Castella sont choisis. La station doit se situer sur l’embouchure de l’Aude qu’elle enjambe pour réunir les cabanes de Fleury et Vendres par une arche. Le tout doit former un port de plaisance et offrir un complexe intégré d’hébergement et de loisirs (Fig.6).
Pour des raisons qui restent inconnues, l'opération n'a pas été lancée. Seul le creusement du port de plaisance a, semble-t-il, été réalisé. Cette darse restée à l’état de friche jusqu’à la fin des années 1980 est devenue par la suite le port du Chichoulet. Les projets d’aménagement ne sont en effet pas abandonnés. Dans les années 1970, un projet d’aménagement en profondeur réservant la frange littorale à des équipements d’hébergement et d’accueil non privatisés
est mis à l’étude. Cette nouvelle projection ne trouve pas plus de débouché, mais l’embouchure de l’Aude continue de susciter l’intérêt des aménageurs, et cela se concrétise dans les années 1980 par le lancement du projet Nysa (Fig.7), porté par les départements de l’Hérault et de l’Aude, présidés par les socialistes Gérard Saumade et Robert Capdeville. L’architecte désigné est Roland Castro. L’idée d’une réunion des deux départements via une construction est reprise. Un immeuble en forme d’arche doit relier les deux rives, par-dessus le fleuve Aude. Le fleuve lui-même doit aussi devenir navigable jusqu’au canal du Midi et permettre aux péniches de venir jusqu’à la station. Une plateforme multimodale appelée le Caravansérail, installée au niveau de l’A9, viendrait compléter le dispositif touristique qui serait en grande partie lacustre.
Cette nouvelle tentative échoue elle aussi. Seuls sont réalisés la bulle d’observation sous-marine de Saint-Pierre située sur la commune de Fleury et le barrage anti-sel, légèrement en amont de l’embouchure, ainsi que l’endiguement de l’embouchure. Dans les mêmes années, un autre projet voit le jour. Il n’est pas centré sur le littoral mais sur la lagune, et n’est plus de nature touristique. L’idée émerge d’installer un cosmodrome sur l’étang de Vendres. Une étude très sérieuse et lancée et un général de l’armée de l’air en retraite est missionné pour évaluer la faisabilité du projet, qui s’inscrit à l’horizon 2000 et aurait pour objet le tir et la récupération de navettes spatiales. Les grands élus semblent dubitatifs à l’égard de ce qui apparaît comme un projet pharaonique, mais l’un d’entre eux saisit l’opportunité (Fig.8).
En l’espèce, il s’agit du tonitruant maire de Montpellier Georges Frêche qui soutient le projet, du moins médiatiquement, en multipliant les interventions. En réalité, l’idée est techniquement difficile à réaliser et n’ira pas au-delà du stade de la réflexion, mais cela montre l’intérêt et la convoitise que suscite cet espace alors qualifié de désert, mais que chacun s’empresse de vouloir aménager. Pourtant, au même moment, sous l’égide de Guy Diaz, adjoint au maire de Vendres, naît un projet de coopérative conchylicole. Il s’agit d’élever des fruits de mer, huîtres et moules, en pleine mer via des filières immergées. L’idée est de concilier harmonieusement nature et économie tout en offrant une activité nouvelle à d’anciens pêcheurs ou d’anciens agriculteurs. Lancée avec enthousiasme, la coopérative est victime d’aléas météorologiques et financiers si bien que, dans les années 1990, les exploitants évoluent vers une activité individuelle. Pour autant, l’activité est lancée et se trouve reconnue dans la région. Le port du Chichoulet, où elle se situe, bénéficie d’ailleurs d’un nouvel élan avec des aménagements portés par le Conseil départemental de l’Hérault avec la création d’un port de plaisance très moderne au cours des années 2000. Ces échecs successifs pendant près de trente ans ont, contre toute attente, constitué une chance pour la protection de ce littoral.
Un espace protégé
Ce littoral vendrois a donc suscité convoitises, appétits et même des chimères. Pourtant, l’échec de Nysa, en 1991, illustre surtout le changement de paradigme qui s’est opéré à la charnière des années 1970-1980. La question environnementale s’invite désormais dans les débats concernant les aménagements. La candidature de René Dumont, en 1974, avec sa fameuse image du verre d’eau, a placé cet enjeu sur la place publique tout comme la lutte victorieuse contre l’extension du camp du Larzac, entre 1971 et 1981, au profit d’une agriculture paysanne non productiviste. L’évolution est également palpable au niveau de l’État avec la naissance progressive d’un cadre légal de protection. En novembre 1973 est publié le rapport de Michel Piquard, chargé de mission à la DATAR. Cela constitue un moment fort pour l’État car découlent de ce texte cinq décennies d’avancées et d’hésitations, parfois liées aux alternances politiques. Quoi qu’il en soit, durant la décennie qui court entre le rapport et la loi Littoral, une série de textes réglementaires est mise en place. En même temps, la loi portant création d’un Conservatoire du littoral et des rivages lacustres est votée en juillet 1975. Tous ces textes allaient dans la même direction, la protection du littoral impératif national
... auquel doit satisfaire toute décision d’aménagement
, cela afin de mieux encadrer une urbanisation jugée tentaculaire et, quelque part, de freiner les appétits des lobbies de l’immobilier en bord de mer. Une étape encore plus significative est franchie au mitan des années 1980. Le 3 janvier 1986, les parlementaires votent à l’unanimité la loi Littoral qui ancre le principe de la protection de la bande côtière. Localement, l’accueil fut moins unanime, le contournement de la loi ou sa contestation furent légion, mais le progrès était réel et le changement enclenché. Il faut ajouter qu’une autre modification législative devenait un frein aux pratiques passées. En effet, avec la décentralisation de 1982, l’État garde sa puissance normative, son appareil continue de s’imposer aux collectivités, mais la multiplication des acteurs décisionnaires, de la commune à la région, rend plus complexe la mise en place de projets prométhéens et pharaoniques du genre de ceux des années 1960. C’est ce qui explique l’échec du projet Nysa sur le littoral vendrois entre 1986 et 1991. Comme nous l’avons vu, le contexte et les mentalités ont évolué, y compris dans la société. Alors que le tourisme de masse fondé sur le béton était vu comme une bénédiction à venir dans les années 1960, désormais le point de vue a changé. C’est pourquoi le projet suscite l’opposition de différents groupes tels que les chasseurs, les écologistes, les éleveurs de taureaux... Une alliance de circonstance en fonction d’intérêts parfois divergents mais qui trouvent dans la défense de la lagune un dénominateur commun. La petite histoire dit que cette mobilisation valut à Roland Castro un accueil aussi chaleureux que mouvementé lorsqu’il vint présenter son projet... Nysa est définitivement abandonné en 1991 sur décision de Brice Lalonde, ministre de l’Environnement, officiellement faute de promoteurs intéressés et de financements disponibles.
À la suite de cet échec et avec l’élection de Guy Diaz à la tête de la mairie de Vendres, la commune s’empare de la question de la protection de son littoral et de l’étang. La municipalité est une des premières à s’engager en faveur de Natura 2000 en soutenant la mise en place de ces actions de protection (Fig.9).
Ce soutien est notamment passé par un travail de pédagogie envers les acteurs. Cela s’est traduit par exemple par la création d’un comité de gestion de l’étang qui regroupe tous les acteurs de la lagune. Si, au départ, tout ne fut pas rose, progressivement chacun a su écouter les arguments de l’autre et, désormais, une gestion commune et intelligente de l’espace est menée. Les chasseurs, par exemple, ont compris que le maintien d’espaces naturels leur permettait de maintenir leur activité et que les périmètres de protection étaient bénéfiques. Ils signent ainsi des convention de gestion cynégétique avec le Conservatoire du Littoral. Dans la bande côtière, la commune et le Conservatoire du Littoral sont parvenus à des accords pour reculer les parkings qui desservaient les plages. De nouveaux parkings plus en retrait ont été aménagés et des voies d’accès respectueuses de la souillère ont été construites. Ces platelages permettent de circuler dans une zone protégée des parkings jusqu’à la plage sans y porter atteinte. En 2020, la commune de Vendres est allée encore plus loi en modifiant son Plan Local d’Urbanisme pour inscrire la zone littorale pour la protéger au titre de l’article L. 121-23 du code de l’urbanisme qui préserve les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques
. Un pas de plus dans la protection pour une commune qui s’est battue depuis les années 1980 pour protéger, mais aussi valoriser ,son patrimoine naturel.
Désanthropiser ou gérer les équilibres homme/environnement
L’enfer est pavé de bonnes intentions. En prenant des mesures volontaristes pour protéger son patrimoine, la commune de Vendres se retrouve pourtant d’une certaine façon handicapée dans la valorisation de celui-ci. En effet, le classement en espace remarquable et caractéristique lui impose des conditions draconiennes sur la gestion de la plage. Les établissements de plages, communément appelées « paillotes », sont dans le collimateur. Ces paillotes ont des activités diverses : restaurants de plage, petites buvettes, location de matériel. Toutes ces structures sont amovibles et démontables et se trouvent positionnées près des accès protégés. D’autre part, leurs concessions sont attribuées au titre d’une délégation de service public. Ce sont ces établissements qui offrent notamment des toilettes aux baigneurs. Depuis 2020 officient un loueur et quatre restaurants de plage sur un linéaire de plus de quatre kilomètres. La législation concernant les espaces naturels remarquables n’autorise plus que des établissements d’une surface de 20 mètres carrés, ce qui revient à les éradiquer purement et simplement. Qui plus est, les acteurs qui œuvrent en faveur de l’environnement exigent l’application de la législation. C’est le cas de Simon Popy, président de France Nature Environnement Languedoc-Roussillon, qui réclame l’application de la loi : Le rapport est complet. Un grand nombre de maires prétendent ne pas être dans l’illégalité, que leurs paillotes sont une réelle économie, mais il y a plus important dans la vie. Il faut protéger nos plages et tout simplement respecter la loi
.
Cela produit un triple sentiment d’injustice auprès des locaux. La première injustice ressentie concerne ce que l’on pourrait appeler le choc des représentations. Certaines communes du sud-est ont privatisé les plages au profit de restaurants de grandes tailles qui contrôlent l’accès à la plage et ont développé des structures assez démesurées. Or rien de tout cela n’existe à Vendres, où l’emprise au sol de chacune des concessions ne dépasse pas les 1.000 mètres carrés, soit 0,3 % de l’ensemble de la plage. Le sentiment d’injustice, confinant à l’absurdité de positions irrationnelles, est également aggravé par le fait que les stations qui ont des espaces classés en plages urbaines peuvent conserver ce type d’activité. Autrement dit, une plage artificialisée par l’urbanisation et qui dispose de commerces en dur peut quand même avoir des restaurants de plage que l’on refuse à une plage naturelle. Cette inégalité est perçue comme une prime au bétonnage. Cette impression est exacerbée dans le contexte vendrois par le fait que la commune voisine de Valras-Plage a pu construire en front de mer un énorme complexe résidentiel et commercial. Comment faire comprendre au citoyen lambda qu’à 2 kilomètres d’écart on puisse construire un immeuble de béton de plusieurs étages quand on ne peut pas installer un restaurant de plage démontable de bois et de toile. Enfin, les Vendrois ressentent également comme une injustice le fait d’être « sanctionnés » par une application stricte de la loi Littoral alors qu’une commune qui a fait des efforts réels en vertu d’un choix politique se trouve pénalisée. Ainsi, dans les années 1980, presque une vingtaine de paillotes étaient établies sur la plage sur laquelle les estivants se rendaient directement en voiture. Quarante ans plus tard, les efforts ont permis la préservation d’une plage de plusieurs centaines de mètres de largeur (Fig.10) à laquelle on n’accède qu’à pied et où la nature a repris ses droits (Fig.11).
Cette situation découle du vote de la loi ELAN en 2018 et de la publication de ses décrets d’application en 2019. L’article L. 121-4 du code de l’urbanisme (issu de la loi « ELAN ») fixe le cadre général : Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d’État, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu’ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu’ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site
. Cette définition exclut les restaurants de plage en limitant notamment la surface de chaque installation à 20 mètre carrés. Dans ce dossier, l’État adopte une attitude ambivalente sur le ton du en même temps
. D’un côté, à travers une charte (refusée par les maires littoraux de l’Hérault), puis avec la loi, l’État s’est employé à réduire le nombre de paillotes se trouvant dans les espaces les plus sensibles. D’un autre, ses représentants, sous la pression des élus locaux ainsi que des parlementaires, se sont tenus très à l’écoute des maires, en les réunissant et en tenant compte de leurs griefs. Une mission d’information a été confiée en 2022 au préfet qui a rendu son rapport et ses préconisations en 2023. D’ailleurs, il a été proposé à des communes comme Vendres de recourir à la création d’un schéma d’aménagement des plages permettant de justifier l’ancienneté des activités de restauration et de service public et leur antériorité à la loi Littoral afin d’obtenir un décret du conseil d’État leur permettant de déroger au décret de 2019. Pour Vendres, le travail est toujours en cours avec la collaboration du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) de l’Hérault et du Centre d’Études et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement (CEREMA), mais il a un coût et il y a un risque de ne pas aboutir avec tout de même en jeu la vie de plusieurs acteurs économiques. Cette tentative est d’autant plus difficile qu’il y a une demande sociale en faveur de la protection de l’environnement qui pousse les groupes écologistes à se défier de ce qui pourrait être perçu comme un simple contournement mercantile. Ce point de vue peut d’ailleurs s’entendre au regard des abus et des débordements qui ont pu être commis et qui demeurent parfois. C’est qui explique la vigilance, pour ne pas dire la méfiance, des associations écologistes :En revanche, pour d’autres cas, nous serons attentifs à ce que ce rapport ne débouche pas sur une application de la loi Littoral “à la carte” ou complaisante, afin que l’intégralité des espaces remarquables du littoral soit protégée, à la fois de l’artificialisation et de la privatisation
, selon la déclaration de Simon Popy de FNE/Hérault. L’intention est louable à l’heure de la dégradation fulgurante de la biodiversité et du changement climatique. Pour autant, cela doit nous interroger : quel est l’effet final recherché ?
En effet, quelle alternative nous est offerte ? S’agit-il de la continuation d’un tourisme bétonné de masse cohabitant avec quelques espaces naturels remarquables mis sous cloche ? Ne se donne-t-on pas bonne conscience à moindre frais ? Car tout cela pose une série de problèmes. Le tourisme de la commune de Vendres repose sur de l’hôtellerie de plein air qui, aujourd’hui, effectue une montée en gamme avec des tarifs de plus en plus élevés. Ce faisant, ne crée-t-on pas de fait une discrimination sociale entre ceux qui pourront se payer le séjour dans un espace de biodiversité et les autres ? D’autant que si les seuls résidents de ces établissements peuvent accéder à la plage avec à proximité leur logement de vacances, cela produira une forme de privatisation insidieuse du littoral. Ne faut-il pas repenser plus globalement le loisir balnéaire pour tous ? En y intégrant la question des transports, celle de la consommation d’eau générée par l’afflux de population, celle de la saisonnalité. Faudra-t-il, comme à Porquerolles, établir des quotas et réserver à l’avance sa place ? In fine, va-t-on vers une désanthropisation pour s’acheter une bonne conscience ou vers une gestion des équilibres entre activité humaine et patrimoine naturel sur un espace anthropisé depuis l’Antiquité ? La réflexion ne devrait-elle pas porter sur les ressorts profonds de la littoralisation des activités, sur le surtourisme en tant qu’activité capitalistique et prédatrice ?
Le mot de la fin revient à la nature elle-même quand des tortues caouannes, venues dès 2022 sur le littoral languedocien pour pondre leurs œufs, ont choisi la plage la moins protégée de l’ouest Hérault, à quelques mètres des voitures et des restaurants, générant un émoi médiatique et la visite de hordes de touristes venues les photographier...
Bibliographie
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- Guy Diaz, Victor Pétroff, Un port conchylicole en Languedoc : le Chichoulet de Vendres, Cazouls-Les Béziers, Éditions du Mont, 2022.
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https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/un-rapport-ministeriel-remet-en-cause-l-installation-de-certaines-paillotes-sur-le-littoral-heraultais-3915583 - « Littoralisation », http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/littoralisation-ou-maritimisation, (MCD), 2014, dernière modification (JBB), mars 2021.
- Alain Miossec, « Trente ans après, que retenir de la loi littoral ? », Pour, 2015/3 (N° 227), pp. 11-21.
- Pierre Racine, Mission impossible ? : l’aménagement touristique du littoral Languedoc-Roussillon, Montpellier, Midi libre, « Collection Témoignages », 1980, p. 235.
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- Richard Vassakos, « De la nouvelle Floride au plan Littoral 21, l’évolution du tourisme balnéaire en Languedoc-Roussillon », Historiens et Géographes, n° 441, février 2018, pp. 99-104.









