On est souvent « en chemin » à Narbonne, que l’on parvienne à cette ville majeure de la Gaule méridionale par la route (Fig.1), c’est-à-dire par la via Domitia, ou que l’on passe par l’étang de Bages, le lac Rubresus (Fig.2). Marchands, commerçants, navigateurs sont à rapporter au trajet qui fait très souvent une part à l’embarquement ou au débarquement des hommes et des produits transportés, et à l’addition du voyage de mer et du voyage de terre. La Via Domitia contribue aussi, pour sa part, à cette mobilité des hommes et des choses, mais d’une manière spécifique, car sur certains des points que l’on vient d’évoquer son apport et son utilité ne sont peut-être pas déterminants ni essentiels. Son utilité première est d’être un outil du gouvernement de l’Empire, ce que les textes appelleront via militaris et qu’ils associent dans une littérature qui est juridique et, donc, normative, aux charges d’entretien, les munera, qui pèsent en particulier sur les communautés traversées. La chronologie le suggère : elle apparaît dès les premiers temps de la provincialisation, comme l’indique le milliaire de Trèbes, mentionnant le proconsul Cn. Domitius Ahenobarbus. Tous les travaux concernant son tracé, et les aménagements qui se produisent ont pour finalité de mieux asseoir la domination romaine dans un nouvel espace qui s’est ouvert et que ne parvenait plus à maîtriser la cité de Marseille, alliée de Rome. Elle suit donc le destin des voies d’« Empire », celles de l’affirmation de la puissance, en sorte que l’on pourrait envisager son histoire en empruntant à des documentations issues d’autres horizons : l’édit de Sagalassos pour évoquer les charges qui pèsent sur les communautés traversées en Asie mineure, les plaintes de paysans de cette même région pour mesurer les difficultés créées par les troupes de passage se laissant aller aux nuisances et aux exactions. Nous n’avons pas de tels documents provenant de l’époque impériale : seuls les milliaires, en séries denses sous Auguste, puis sous Tibère et sous Claude, plus rares par la suite même si au tournant du IIIe et du IVe s. leur nombre s’accroît un peu, viennent attester de l’entretien de la voie. Mais par la lecture du Pro Fonteio (vers 70) on peut entrevoir que dès les premières décennies de son fonctionnement, la route a servi largement les desseins des autorités romaines, pour soutenir l’effort de guerre en péninsule ibérique lors de la guerre dite « de Sertorius ». Recrutement d’auxiliaires, levées de fonds pour l’entretien des soldats, réquisitions de fournitures : le propos est générique, mais la province jouait son rôle comme soutien de la puissance de Rome, en position d’arrière. Si les transports de denrées ont pu allier voie terrestre et voie maritime pour parvenir aux armées du peuple romain, les troupes recrutées chez les peuples gaulois ont dû se rendre sur les lieux où les plus valeureux gagnèrent le droit de cité romaine en cheminant jusqu’aux Pyrénées sur cette grande route entretenue par les populations provinciales. L’activité militaire apparaît alors au premier plan.
On pourrait, pour les siècles suivants, retrouver les traces ponctuelles des mêmes phénomènes. Mais les grands déplacements de troupes, hormis durant la crise de 68-69, touchèrent peu la Gaule transalpine. Les inscriptions, dans leur ensemble, jusqu’à une époque tardive, au cœur du IIIe s., semblent peu apporter jusqu’au moment où, sous le règne de Claude le Gothique (268-270), une inscription de Grenoble, vient rappeler qu’à ce moment-là, au cœur de la grande crise politique et militaire qui affectait l’empire romain, de grands mouvements de troupes s’étaient produits dans les provinces gauloises et que la Narbonnaise avait été touchée sur ses marges orientales par ce phénomène.
Récemment, un nouveau document est venu s’ajouter : il se trouve dans le recueil des inscriptions latines de Narbonne (Fig.3).
Il donne plus qu’il ne semble au premier abord. Sans être exceptionnel, il présente une réelle originalité qu’il convient d’exploiter. Et celle-ci renvoie à la problématique générale que l’on vient de signaler, celle des longues marches des armées romaines au sein de l’empire.
On trouve dans la ville un certain nombre d’épitaphes de militaires. Certains devaient être originaires du lieu et y étaient revenus. D’autres y avaient élu domicile après leur retour à la vie civile comme vétérans. Il y avait aussi l’attrait qu’offrait une capitale provinciale. Mais le texte des épitaphes montre dans tous ces cas qu’ils étaient entrés dans la population locale et qu’ils vivaient en symbiose avec elle.
L’épitaphe que l’on souhaite mettre en valeur se caractérise par divers traits qui l’isolent au sein des autres documents. Alors que ces derniers appartiendraient plutôt à l’époque augustéenne et julio-claudienne, ne dépassant pas vraisemblablement les années 70 ap. J.-C., la date que l’on peut envisager pour l’inscription latine qui va nous intéresser l’isole à date tardive, puisqu’on a déjà envisagé, en assurant sa publication, le IIe-IIIe s. L’invocation aux dieux mânes du défunt vient le suggérer : dans l’épigraphie funéraire, une telle indication s’étend de l’époque flavienne à la fin du IIIe siècle et même au-delà : elle est donc plus tardive. Il faut tenir compte aussi du contexte archéologique qui caractérise l’emplacement de la découverte. En effet, l’église Saint-Paul, à proximité de la berge méridionale de la Robine, d’où provient le document, se superpose à deux nécropoles : une première nécropole païenne qui fonctionne au IIe et au IIIe s., puis une nécropole paléochrétienne. Cette datation globale définit un vaste arc chronologique vers l’Antiquité tardive et vient donner un fondement à la mise en contexte de l’inscription: elle est aussi, pour cette raison, de date avancée dans le temps. Les détails du texte eux-mêmes ont leur intérêt : la dénomination du personnage oriente vers une époque assez tardive, avec notamment l’apparition du nom de famille Aurelius, caractéristique en de nombreuses provinces, d’une situation postérieure à l’édit de Caracalla (212) qui avait donné le droit de cité romaine à tous les hommes libres de l’empire. C’est au IIIe siècle un nom de famille courant pour les soldats.
Il faut aussi s’attarder sur les caractéristiques de la gravure du texte, comme l’a déjà fait Paul Simelon qui met au grand jour un document qui avait été soit oublié, soit négligé et bien des particularités de la gravure du texte qu’on peut reprendre et prolonger. En premier : l’absence de préparation du « plan de travail » ou champ épigraphique sur lequel on gravait les lettres. On a pris un bloc, certes à peu près correctement dressé, mais on n’a pas tenté d’effacer les traces des outils du premier façonnement. Est-ce un signe de hâte ? Ensuite : les à-peu-près de l’ordinatio, qui dispose les mots sans trop prendre garde à leur forme, en procédant surtout à des enjambements audacieux (Cupitianu/s ; centuri/o) : ils sont les signes d’une négligence dans la présentation de la langue latine. Enfin, le caractère maladroit de la forme donnée aux lettres, dont le tracé est hésitant, même si le graveur s’est inspiré surtout de la capitale. Est-ce un signe d’économie pour ne pas avoir à rémunérer un artisan spécialisé ? Dans ce travail mal maîtrisé on ne peut rechercher l’œuvre d’un lapicide éprouvé, mais seulement le travail, certainement appliqué, d’un novice qui a fait au mieux. Ce n’est pas l’épigraphie habituelle, ordonnée, équilibrée, bien faite, mais plutôt un travail maladroit ou hâtif. On peut enfin se demander si une dernière ligne – ou même un peu plus – n’aurait pas disparu par suite des remplois du bloc, car il manquerait l’indication de l’âge qu’on ne peut placer à la fin de la ligne 6, ainsi que les années définissant la durée de service (les stipendia). On peut même aller plus loin en considérant que souvent un ou plusieurs soldats, compagnons de route, agissaient pour donner la sépulture et établir un élément de mémoire : s’allongerait la partie manquante si tel était le cas.
On lira ainsi le texte :
[D(is)] m(anibus) / Aurelius / Cupitianu/s, centuri/o leg(ionis) (hedera) XIII G(eminae)/ uixsit (hedera) an/[---].
« Aux dieux mânes. Aurelius Cupitianus, centurion de la légion Treizième Gemina ; il a vécu [...] années [...] ».
Il s’agit d’un centurion, c’est-à-dire, non d’un simple soldat légionnaire, mais d’un personnage qui jouait, par ses responsabilités, un rôle essentiel dans l’activité d’une telle unité, une légion romaine (Fig.4). Le défunt assurait l’encadrement d’une troupe qui avait été détachée : on se trouve en effet à une époque où la pratique du détachement est devenue courante pour constituer les armées qui circulent dans l’empire romain.
Bibliographie :
- Cic., Pro Fonteio, VI, 13, VIII, 17-18.
- Monique Clavel-Lévêque, Puzzle gaulois, Les Gaulois en mémoire, Paris, Les Belles Lettres, 1989, pp. 213-254.
- Éric Dellong, avec la collaboration de D. Moulis et J. Farré, Narbonne et le Narbonnais, 11/1, Carte archéologique de la Gaule, Paris, 2002.
- Josy Farré, Narbonne et le Narbonnais, 11/1, Carte archéologique de la Gaule, Paris, 2002, p. 300, 29*
- Jérôme France, Tribut. Une histoire fiscale de la conquête romaine, Paris, Les Belles Lettres, 2021.
- Michel Gayraud, Narbonne antique des origines à la fin du IIIesiècle, Paris, De Boccard, 1981, pp. 314-317.
- Paul Simelon, « M(?) Aurelius Cupitianus, le centurion oublié de Narbonne », Revue Archéologique de Narbonnaise, 52, 2019, pp. 181-186.
Dans ce contexte tardif, le document oriente vers une unité qui stationnait dans les provinces danubiennes, plus précisément en Dacie (Fig.5), province frontière se trouvant au-delà du Danube et correspondant à peu près à l’actuelle Roumanie. Ce fut une province qui fut évacuée à l’époque de l’empereur Aurélien (270-275) car il devenait difficile d’en assurer la protection. Cet éloignement entre Mais, si le lieu de stationnement habituelest bien connu, le castrum dacique (Fig.6) exploré archéologiquement (Fig.7), la porte principale (Fig.8) et l’entrée sud (Fig.9) ayant été récemment restaurées, l’ensemble étant aujourd’hui restitué en images virtuelles (Fig.10, Fig.11), son éloignement du lieu du décès, suivi de la sépulture, pose problème. Ce centurion s’était-il retiré à Narbonne après le service ? Rien ne vient l’indiquer et même, pourrait-on dire, la mauvaise qualité formelle du document déconseille le choix de cette hypothèse. On est plutôt conduit à admettre l’hypothèse d’un décès « en route », c’est-à-dire lors d’un déplacement qui l’avait éloigné du siège de son unité et de son environnement : le camp lui-même et les environs où se déroulait jusque-là une grande partie des activités.
Il convient de se placer dans une situation fortuite, réduisant le temps de réaction de l’entourage et donnant comme issue à l’épitaphe l’aspect d’un texte certes courant, mais transcrit sur la pierre d’une manière rapide et assez peu soignée comme le remarque Ambroise Lassalle : les lettres sont gravées peu profondément, donc il est difficile de rendre l’inscription lisible
. C’est incontestablement la marque d’un grafitto plus que d’une composition de lapicide.
Dans le cadre de la mobilité des soldats, on peut avancer une situation personnelle : mission, déplacement lié à une promotion, ou bien d’autres situations qui entraîneraient un militaire loin de sa garnison. Mais il est plus raisonnable, vraisemblablement, d’envisager que le centurion conduisait un groupe de soldats de son unité et qu’il était alors en expédition, pour combattre. À cette condition, l’inscription entre dans une autre problématique, en accord avec la date assez tardive que l’on peut lui attribuer : celle des longues marches des troupes impériales durant le IIIe siècle, tant pour agir dans des guerres civiles que dans des guerres contre des ennemis de l’extérieur. Une lettre impériale du début du IVe siècle, datée de 311, la table de Brigetio en raison de sa provenance (un camp de la frontière danubienne), qui veut réglementer les avantages pour ces soldats qui se dépenseraient sans compter, cite, comme justificatif de leurs mérites, leurs « déplacements continuels », adsidui discursus. Elle met ainsi en valeur ces déplacements les conduisant de tous côtés, qui les éloignent de leurs lieux d’origine, car souvent les soldats étaient recrutés à proximité de leurs camps, ou s’ils venaient de loin y trouvaient souvent un lieu d’enracinement (sedes). Le législateur donne aussi, dans ce texte, l’expression technique pour qualifier ces groupes détachés de leur unité de base, constitués en vue d’une expédition et destinés, en principe, à revenir sur le lieu de leur campement : ils sont, cavaliers autant que fantassins, in vexillationibus constituti, « constitués en vexillations », c’est-à-dire réunis en troupes qui se caractérisent par le signalement qu’apporte un fanion (vexillum). Ces détachements sont caractérisés par leur mobilité, liée au nouveau rôle joué par les légions dans la réorganisation imposée à l’armée romaine par les nouvelles conditions d’existence de l’Empire.
Bibliographie :
- Émilienne Demougeot, La Formation de l’Europe et les invasions germaniques, I : Des origines germaniques à l’avènement de Dioclétien, Paris, Aubier, 1969, pp. 452-462.
- Ovidiu Domșa, « Virtual reconstruction of Roman military Apulum Camp », International Archives of Photogrammetry, Remote Sensing and Spatial Information Sciences, XXXVIII-5/W1, ISSN 1682-1777, Trento, 2009.
- Vasile Moga, Castrul roman de la Apulum, Editura Casa Cărţii de Ştiinţă, Cluj, 1998, in SIB, XXIII-XXIV-XXV (1999-2001), 2002, Timişoara, pp. 44-70.
- Vasile V. Moga, Castrul roman de la Apulum, porta principalis dextra a castrului legiunii XIII Geminae, National Muzeum Alba Iulia, 1999, p. 12.
Ces soldats, fantassins ou cavaliers parcoururent alors l’Empire, même si certaines parties, plus menacées que d’autres, ont été plus régulièrement visitées, notamment en raison de leur positionnement stratégique. Dans ce contexte deux groupes de provinces revêtent un rôle majeur. Il s’agit d’abord des provinces dites d’Illyricum, qui s’étendent en Europe sur la frontière du Danube et dans l’intérieur balkanique. Elles assurent la liaison entre l’Occident (le front du Rhin) et l’Orient (le front de l’Euphrate), et sont celles qui fournissent d’abord de nombreux contingents détachés. S’ajoutent les provinces d’Asie mineure et les grandes routes qui les traversent Fig.12, permettant d’accéder au bloc des provinces extérieures de la frontière orientale.
C’est surtout de ces provinces d’Asie mineure que proviennent les données qui constituent les meilleurs parallèles documentaires pour éclairer la signification de l’inscription singulière qui a été mise au jour à Narbonne. C’est sur les deux grandes routes qui traversaient cette partie de l’Empire que l’on trouve ces épitaphes de soldats en déplacement. Comme à Narbonne, elles témoignent de leur éloignement du camp de stationnement habituel, siège de l’unité à laquelle ils appartenaient.
Un cas est toutefois encore plus exceptionnel. Un de ces militaires, légionnaire originaire de Phrygie, région se trouvant au cœur de l’Asie mineure, et se dénommant Aurelius Gaius, fait écrire dans son épitaphe, au début du IVe siècle, qu’il a fait le tour de l’Empire
(tèn hegemonian kukleusas). Il s’est approché du centurionat, sans l’obtenir, mais il a progressé tout de même, comme il le dit fièrement. L’inscription est un très bon exemple des continuités qui existaient dans les structures de l’armée romaine. Il résume d’une expression ce qu’il a fait comme soldat : s’il a tourné en rond
, c’est qu’il a circulé
(image du cercle), c’est qu’il a fait le tour
. C’est une autre image des déplacements continus
évoqués par l’empereur dans l’inscription du camp de Brigetio. Aurelius Gaius énumère, les unes après les autres, toutes les régions parcourues Fig.13, sans que l’on soit sûr qu’il y ait une progression chronologique dans l’énumération qu’il donne.
On retrouve de tels témoignages aussi, dans les lieux où les troupes faisaient halte, dans les étapes, organisées sur les grandes routes impériales, artères de circulation bien équipées pour les déplacements des agents publics (gouverneurs, procurateurs financiers, personnes de l’administration) et qui permettaient aussi aux armées de se déplacer avec célérité. On y trouve, par des inscriptions funéraires, les traces de ces déplacements, mais sans pouvoir les dater précisément, car les données chronologiques sont en général assez vagues. On a pu parler à ce propos des « longues marches des armées romaines », titre d’une étude intéressante sur le sujet. On y met en évidence la place que tiennent les provinces anatoliennes dans la gestion de ces déplacements. Les documents funéraires que l’on découvre, et qui viennent servir de points de comparaison pour celui qui provient à présent de Narbonne, s’ils sont assez nombreux, se caractérisent aussi, assez souvent, par des imperfections de gravure, d’orthographe, de langage, toutes caractéristiques qui font l’originalité de l’inscription de Narbonne. Ce que l’on découvre, c’est une épigraphie du passage, réalisée à la hâte. Elle était souvent source de graffiti, messages délivrés par toutes sortes de supports, surtout rédigés à la va-vite. Ici elle s’exprime par l’imperfection de la mise en page du texte et de sa gravure.
Bibliographie :
- Thomas Drew-Bear, « Les voyages d’Aurélius Gaius soldat de Dioclétien », in La Géographie administrative et politique d’Alexandre à Mahomet, Strasbourg, Brill, 1981, pp. 93-141.
- Michael-Alexander Speidel, « Les longues marches des armées romaines. Reflets épigraphiques de la circulation des militaires dans la province d’Asie au IIIe siècle après J.-C. », CCG, 20, 2009, pp. 199-210.
Il resterait à préciser la date. On doit relever, en réunissant la documentation, que les soldats de cette légion stationnée en Dacie ont aussi été souvent associés à leurs collègues de la légion Va Macedonica, de la même province, et, ce faisant, ils sont souvent signalés en déplacement tout au long du IIIe siècle, à plusieurs périodes significatives. En tout cas, ce sont eux qui sont les plus connus hors de leurs camps de stationnement par la documentation dont on dispose, constat qui ferait quasiment de l’exemple de la XIIIa Gemina un cas d’espèce. On pourrait estimer que ses soldats, avec ceux de l’autre légion de Dacie, ont participé à la grande expédition contre la Perse (Fig.14) à la fin du règne de Gordien III1, entre 242 et 244. On a aussi un témoignage de leur participation aux guerres de l’Empire romain, un peu plus tard, au début des années 2502, puis durant les dernières années du règne de Gallien (entre 260 et 280)3.
- 1CIL, VI, 1645 (ILS, 2773).
- 2CIL, XI, 1836 (ILS1332).
- 3Année épigraphique, 1936, pp. 53-57.
Bibliographie :
- Ioan Piso, « Les légions dans la province de Dacie », in Y. Le Bohec et C. Wolff (éds.), Les Légions de Rome sous le Haut-Empire, I, Lyon-Paris, 2000, De Boccard, pp. 205-225.
- F. Prontera(dir.), Tabula Peutingeriana. Le antiche vie del mondo, Florence, Olschki, 2003.
- CIL, VI, 1645 (ILS, 2773).
- CIL, XI, 1836 (ILS 1332).
- Année épigraphique, 1936, pp. 53-57.
Dans ce contexte on ajoutera ce que l’on apprend, par l’inscription du soldat phrygien Aurelius Gaius sur l’expédition conduite par l’empereur Maximien Hercule dans les provinces africaines, au tournant du IIIe et du IVe siècles. Il devait servir, à ce moment-là, dans la légion dont le camp principal se trouvait à Strasbourg (Argentorate) : la légion VIIIa Augusta. Le déplacement des troupes se faisait par voie de terre. L’inscription énumère ainsi les pays traversés, la Gaule, l’Espagne, la Maurétanie
, expressions certes générales, mais qui permettent d’envisager, dans la citation de la partie finale de ce tour du monde
, ce qui concernait la partie occidentale de l’empire. On fait apparaître un trajet qui peut impliquer le franchissement des Pyrénées dans leur partie orientale, c’est-à-dire une approche par la via Domitia. On a aussi, apparemment, l’indication de la manière dont se déroula cette longue marche. On était entre 284 et 305.
Mais ces repères ne seraient que des points émergents d’une documentation bien plus ample qui nous fait défaut, car les détachements de soldats pour constituer des armées plus efficaces par leur mobilité s’accrurent dans la seconde partie du IIIe siècle, lorsqu’il fallut faire face autant aux guerres provoquées par les invasions qu’aux conflits nés de la compétition pour le pouvoir impérial : ce fut le cas entre 260 et 274 lorsque, à partir des bords du Rhin, s’étendit sur les provinces occidentales un pouvoir rival de celui que détenait l’empereur maître de l’Italie et des provinces les plus centrales : c’est l’épisode dit de l’Empire gaulois
.
C’est peut-être même dans ce contexte qu’à partir de la documentation actuellement disponible s’éclairerait le mieux la situation que révèle l’épitaphe de ce gradé provenant de Narbonne. Il s’agirait de la fin des conflits qui marquèrent, entre 193 et 197, l’affirmation de Septime Sévère aux dépens de ses rivaux, Pescennius Niger en Orient, puis Clodius Albinus en Occident.
On sait de longue date que les vexillations des légions stationnées en Dacie, en février 197, participèrent à la bataille de Lyon, qui fut décisive. On connaît leur commandant en chef, le sénateur Ti. Claudius Claudianus. On sait aussi qu’il se produisit une phase de récupération, plutôt brutale, des provinces occidentales dont beaucoup avaient pris le parti du vaincu, notamment celles de péninsule ibérique. C’est là qu’il fallait poursuivre la lutte contre les ennemis publics
(hostes publici), selon une inscription de Tarragone, capitale de la grande province d’Espagne citérieure. L’inscription de Narbonne, heureusement retrouvée par Paul Simelon, entrerait parfaitement dans ce contexte : l’envoi de détachements pour aider la légion de cette province à rétablir l’ordre dans l’ensemble de la péninsule ibérique. Ses soldats, détachés pour la guerre civile en cours, étaient, après la victoire, disponibles pour prolonger leur parcours dans d’autres provinces occidentales que les provinces gauloises. La carte ci-après visualise la traduction de cette longue marche
(Fig.15).
On peut proposer a priori une datation assez large : le IIIe siècle, en général. Mais si l’on souhaite proposer une hypothèse plus précise, que l’abondance des témoignages faisant contexte pourrait soutenir, on s’arrêtera, dans l’état actuel de la documentation, au repère que l’on vient de plus précisément envisager : le temps des séquelles occidentales du conflit entre Septime Sévère et Clodius Albinus, aux lendemains de la bataille de Lyon en février 197. Quoi qu’il en soit, le témoignage est précieux, et tous les parallèles ou points de comparaisons qu’il est possible d’avancer contribuent à lui donner un réel intérêt. Le centurion et les soldats qui l’accompagnaient auraient été conduits à passer par Narbonne afin d’accomplir leur mission. Un des cadres de ce détachement, Aurelius Cupitianus, est mort « en chemin ». Il reçut une sépulture, grâce à ses camarades, à l’instar de tous ceux qui sont connus en Asie mineure tout au long des grandes routes impériales. C’était, comme pour ces derniers, la fatigue et la maladie, et non le combat, qui avaient hâté leur fin.
Bibliographie :
- CIL, VIII, 5349 =ILAlg., I, 279.
- Michel Christol, université Paris I.













